Richemont et De Beers : Cartier lorgne la mine

Le propriétaire de Cartier et Vacheron Constantin négocie son entrée dans le consortium favori pour racheter De Beers. Un pari stratégique sur le diamant naturel, mais risqué.

Le groupe qui possède Cartier, Vacheron Constantin et Van Cleef & Arpels pourrait bientôt détenir une part du plus célèbre mineur de diamants au monde. Depuis la mi octobre, Richemont négocie son entrée dans le consortium favori pour racheter De Beers. Aucun accord n'est encore signé.

Le 15 octobre 2026, Bloomberg puis Reuters ont révélé que Richemont discutait de son entrée au capital du Global Diamond Consortium. Ce groupe d'investisseurs est en pole position pour reprendre De Beers à Anglo American. Début novembre, les discussions étaient toujours décrites comme avancées, mais sans engagement final ni conditions rendues publiques.

Un géant vendu pour une fraction de sa valeur passée

Anglo American cherche à céder ses 85 % de De Beers depuis 2024. Le Botswana détient les 15 % restants. Le prix évoqué tourne autour d'un milliard de dollars, soit environ 890 millions d'euros. En 2001, la société était valorisée à plus de 18 milliards de dollars.

Le repreneur favori, le Global Diamond Consortium, est dirigé par Gareth Penny, ancien patron de De Beers. Anglo American l'a désigné soumissionnaire préféré en juillet. Il réunit déjà la Namibie, l'Angola et plusieurs grands négociants en diamants. Le Botswana, d'où vient l'essentiel de la production, négocie pour porter sa part à environ 25 %.

Richemont n'est pas seul à frapper à la porte. Le distributeur américain Signet (Kay, Zales, Jared) discute lui aussi d'une entrée, tout comme le diamantaire anversois Pluczenik. Avec autant d'acteurs, la part de chacun devrait rester modeste.

Pourquoi Richemont veut remonter jusqu'à la mine

Van Cleef & Arpels
Collection Treasure Island de Van Cleef & Arpels: sautoir transformable Voguer en mer. Or jaune et blanc, turquoise, perles de culture, diamants. Clip Tortue de Cocos en or jaune et blanc, saphirs et diamants.

La joaillerie pèse environ les trois quarts de l'activité de Richemont, comme le rappelaient déjà ses derniers résultats. Cartier et Van Cleef & Arpels comptent parmi les plus gros clients de De Beers. Entrer au capital permettrait au groupe de peser sur un maillon clé de sa chaîne d'approvisionnement.

L'enjeu est aussi idéologique. Johann Rupert, président et actionnaire de contrôle de Richemont, défend depuis longtemps le diamant naturel face aux pierres de laboratoire, bien moins chères. Les analystes de RBC y voient davantage un geste de positionnement à long terme qu'une opération financière.

Le groupe en a largement les moyens. Il disposait d'environ 9 milliards d'euros de trésorerie nette fin juin, soit plusieurs fois la valeur de De Beers. Il ne serait pas le premier joaillier à remonter la filière : Graff détient déjà 14,9 % de Gem Diamonds, propriétaire de la mine de Letseng au Lesotho.

Un pari risqué sur un marché en crise

De Beers perd de l'argent depuis 2023. L'an dernier, sa perte d'EBIT sous jacente a atteint 787 millions de dollars pour un chiffre d'affaires proche de 3,5 milliards. Anglo American a déjà déprécié sa filiale à trois reprises en trois ans.

Certains analystes de RBC craignent un investissement sans fin. Pour Rapaport, le nombre de candidats montre surtout qu'aucun acteur ne veut porter seul un tel risque. Tout dépendra d'une reprise de la demande en diamants extraits, que De Beers tente de provoquer en réduisant son offre.

Ce que ça change pour l'horlogerie

Richemont, c'est aussi Jaeger LeCoultre, A. Lange & Söhne, IWC, Panerai et Piaget. Les montres serties, de la Cartier Panthère aux pièces de haute joaillerie Piaget, dépendent directement de l'approvisionnement en pierres. Un accès privilégié à la source renforcerait la traçabilité que le groupe peut promettre à ses clients.

Pour les collectionneurs, le message est clair : chez Richemont, le diamant naturel reste la norme du luxe. Un sertissage d'origine, documenté et traçable, pourrait peser davantage dans la valeur d'une montre sur le marché secondaire. Pour suivre la cote des maisons du groupe, rendez vous sur l’index Vacheron Constantin et l’index Jaeger LeCoultre.

Prochaine étape : les résultats semestriels de Richemont, attendus le 13 novembre, pourraient apporter des précisions. Les autorités botswanaises visaient une conclusion de la vente au quatrième trimestre 2026.

Sources : Reuters, Bloomberg, Engineering News, National Jeweler, MINING.COM.